
Tout dirigeant finit un jour par se poser la question : est-ce vraiment tout ? Les titres et les bonus apportent de la reconnaissance, mais rarement un véritable accomplissement. Dans Découvrir un sens à sa vie, Viktor Frankl proposait une réponse : « Celui qui a un pourquoi peut supporter presque n’importe quel comment. » Ses mots résonnent particulièrement dans le monde du travail. Les collaborateurs se désengagent non seulement à cause du salaire ou de la charge de travail, mais aussi par manque de sens.
Les études mondiales de Gallup le confirment : seul un salarié sur quatre se dit réellement engagé dans son travail. Le coût économique de ce désengagement se chiffre en milliers de milliards de dollars chaque année. Mais le coût le plus profond est humain : des vies vécues sans véritable sens.
Irvin Yalom décrivait quatre réalités existentielles : la mort, la liberté, l’isolement et le sens. Ces réalités ne sont pas abstraites. Dans l’entreprise, la « mort » se manifeste par la pression du temps, la « liberté » par le besoin d’autonomie, l’« isolement » par la quête d’appartenance et le « sens » par la recherche d’une raison d’être. Les leaders qui ignorent ces dimensions créent de l’aliénation ; ceux qui les intègrent favorisent l’engagement.
Frederic Laloux évoque la notion de « raison d’être évolutive » : les organisations ne sont pas des machines à contrôler, mais des systèmes vivants dotés de leur propre direction. Des entreprises comme Patagonia incarnent cette vision en définissant leur mission non seulement en termes de profit, mais aussi de contribution à la planète. Les collaborateurs n’y vendent pas simplement des vêtements ; ils portent une cause. Chez Unilever, Paul Polman a placé la durabilité au cœur de la stratégie, démontrant que sens et performance peuvent aller de pair.
Sheryl Sandberg apporte une perspective plus concrète : le leadership consiste à rendre les autres meilleurs grâce à notre présence et à faire en sorte que cet impact perdure. Un leadership guidé par le sens ne repose pas sur de grands discours, mais sur la création d’environnements où chacun a le sentiment que son travail compte réellement.